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[Dossiers du Périgord] : Les Châteaux de Losse & de Fénelon

Après La Maison Forte de Reignac & La Roque Saint-Christophe, puis les musées de la Préhistoire des Eyzies et de Lascaux IV, j’aimerai vous faire découvrir deux châteaux du Périgord Noir.

Nous avons visité ces châteaux à des dates différentes mais ils avaient quelques points communs. Ces châteaux ont été les demeures de deux personnages illustres : Jean II de Losse & Fénelon. Malheureusement, dans les deux cas, si la visite des intérieurs est possible, il est interdit d’y prendre des photos. Ces châteaux sont en effet privés, ils appartiennent chacun à une famille bien qu’il ne s’agisse pas des descendants des personnages mentionnés plus haut.

Le Château de Losse

Le Château de Losse se situe à 10 minutes de Montignac (Lascaux) sur la route des Eyzies. Bâti sur les rives de La Vézère, il était à l’origine une place forte médiévale datant du XIème siècle. C’est à cette période que la famille de Losse, originaire de Bruges en Flandres, s’est établie dans le Périgord et a construit ce château.
Il semblerait que ce soit un cadet de la famille de Losse, qui, cherchant des terres, est venu s’installer dans la Vallée de la Vézère où il a prêté allégeance au seigneur de Montignac.
Les membres de la famille de Losse se sont illustrés militairement auprès des rois de France. L’un de ces membres a d’ailleurs participé à la Bataille d’Azincourt (25 octobre 1415 au cours de la Guerre de Cent Ans ; défaite française).

C’est avec le Marquis Jean II de Losse (1504-1579) que cette tradition de service militaire va connaître son aboutissement. D’abord entré au service du roi François Ier en tant que page, il s’est illustré au cours de combats face à Charles Quint.

Nommé gouverneur dans le Nord de la France, il a eu pour mission de défendre des places fortes dans cette région contre les troupes impériales de l’empereur du Saint Empire Germanique. Il a ensuite continué à servir la couronne de France sous les règnes d’Henri II, puis des fils de Catherine de Médicis (François II, Charles IX et Henri III). Il a été premier capitaine français de la garde écossaise du Louvre sous Charles IX et en 1578, il fut décoré de l’Ordre du Saint-Esprit par Henri III. Enfin, il fut précepteur du futur Henri IV.
Après une carrière militaire bien remplie auprès des différents souverains, c’est en 1573 que Jean II de Losse a retrouvé son château lorsqu’il a été nommé gouverneur du Limousin et du Périgord.


Ayant retrouvé un château de type médiéval complètement démodé, il prit la décision de le moderniser dans le style Renaissance de l’époque afin de le rendre plus agréable à vivre. Des fenêtres ont été ainsi percées à la place des meurtrières médiévales, et une toiture en lauze (typique de la région) a été ajoutée au-dessus des tours et des chemins de ronde médiévaux. Un jardin de plaisance de style italien a été accolé au Grand Logis pour répondre lui aussi à la mode de l’époque.

Nous nous sommes rendus au château de Losse un après-midi de septembre, en hors-saison. Les visites guidées y sont très espacées, et bien qu’une visite ait débuté peu avant notre arrivée au château, nous ne voulions pas la prendre en cours. Nous avons donc préféré attendre le prochain départ de visite. Il faut savoir que l’intérieur du château ne se visite qu’avec un guide. Pour patienter, on nous a proposé de visiter les jardins et le parc du château.

La promenade autour des douves permet d’avoir une vue sur les remparts et les tours du château. En contournant la bâtisse, nous sommes arrivés au bord de la Vézère, puis nous avons poursuivi un peu à travers le parc.







Nous sommes revenus ensuite sur nos pas pour pouvoir visiter le jardin italien. Dans la Tour de l’Eperon se trouve une chambre avec une salle d’eau, ces pièces servaient à se reposer durant la visite.










Puis nous nous sommes dirigés vers les jardins en terrasse d’où nous avions une vue sur le Grand Logis et la Vézère.



Nous avons par la suite été appelés, au son d’une cloche située sur le Châtelet, pour rejoindre le début de la visite guidée.

Le château est agréablement meublé de pièces datant des XVIème et XVIIème siècles et témoignent de l’art de vivre à cette époque. Les photos à l’intérieur du Grand Logis étaient interdites mais vous pouvez tout de même avoir un aperçu des pièces grâce au dépliant de visite, ou sur le site internet du château.

La visite guidée a duré une heure, elle nous a permis de découvrir Jean II de Losse et de voir comment il avait voulu réaménager son château dans un style plus contemporain.

Nous avons découvert quelques œuvres d’art uniques comme le portrait en cire du roi Henri IV. Ce portrait devait servir de modèle à une médaille à l’effigie du roi mais, ce modèle ayant été refusé par le monarque, il a été offert à celui qui fut son précepteur : le Marquis Jean II de Losse.





Nous avons apprécié la découverte du parc et des jardins du château. L’attente pour la visite guidée nous a semblée longue et l’interdiction de prendre des photos était frustrante (bien que compréhensible s’il y a déjà eu des abus de la part de visiteurs). Il faut prévoir 2 à 3 heures sur le site (surtout en hors-saison puisque les visites guidées sont aléatoires) pour pouvoir visiter le château et les jardins.

Château de Fénelon

Quelques jours plus tard, nous avons visité le château de Fénelon situé sur la commune de Sainte-Mondane, à 20 km au sud-est de Sarlat. Tout comme pour le château de Losse, le château de Fénelon a abrité un personnage illustre. Comme vous vous en doutez, il s’agit du lieu de naissance de l’écrivain et théologien français : François de Salignac de La Mothe-Fénelon dit Fénelon (1651-1715).

Fénelon est également bien connu dans le Nord-Pas-de-Calais et à Cambrai en particulier puisqu’il y fut archevêque à partir de 1695. Fénelon était issu d’une famille noble mais appauvrie du Périgord. Fils cadet de la famille, il fut rapidement destiné à une carrière ecclésiastique, comme cela se faisait à l’époque. Conseiller spirituel de Madame de Maintenon (seconde épouse du roi Louis XIV), c’est sous son influence qu’il devint le précepteur du duc de Bourgogne (père du futur Louis XV). Quelques manuscrits ayant d’ailleurs servi à l’instruction du duc sont visibles au château. Fénelon est resté célèbre pour son œuvre Les aventures de Télémaque, fils d’Ulysse qu’il écrivit entre 1694 et 1696 à destination du duc de Bourgogne dans un but éducatif. Ce roman, qui connut un succès à la cour où on le faisait circuler contre la volonté de Fénelon qui voulait qu’il demeure privé, constituait une critique à peine déguisée du gouvernement autoritaire de Louis XIV. Fénelon perdit son poste de précepteur en 1699 lorsque le roman fut publié et que le roi Louis XIV, y voyant lui aussi une critique de sa politique, décida de le bannir de la cour.

Le château de Fénelon, bâti en hauteur à 200 mètres d’altitude, est un château qui a connu au fil des siècles une évolution de son architecture. Des traces de cette évolution sont visibles sur ses façades. Si l’influence médiévale demeure majoritaire (remparts, douves, tours, meurtrières), des éléments de la Renaissance sont eux également présents : les fenêtres à meneaux (ou à croisées). Comme de nombreux châteaux médiévaux, le château de Fénelon a été repensé à la Renaissance pour le transformer en une demeure de plaisance et non plus en une forteresse à but défensif.
Des traces d’un premier château (castrum) datant de l’an mil ont été trouvées, cependant il ne reste aucun vestige de cette première construction (qui aurait été un repaire cathare au cours de la croisade contre les Albigeois). C’est de cette époque que date la seigneurie de Fénelon, vassale de la vicomté de Turenne.


Un nouveau château a été rebâti au XIIIème siècle. Cette forteresse a beaucoup souffert au cours de la Guerre de Cent Ans (1337-1453) et il ne reste aujourd’hui plus que quelques pierres, des pans de murailles et le donjon. Vers 1410, le château est passé à la famille de Salignac qui allait prendre le nom « de Salignac de La Mothe-Fénelon ». Jean de Salignac, premier représentant de sa famille au château de Fénelon, a fait ajouter deux tours jumelles (Tour des Confitures et Tour de l’Inquisition) couronnées de chemins de ronde.


Après la Guerre de Cent Ans, le château a été mis au goût de la Renaissance avec l’ajout de lucarnes sculptées datant de la seconde moitié du XVème siècle. Une tour comprenant un escalier à vis a été accolée au logis, cette tour est visible depuis la cour intérieure. Enfin, c’est sans doute à cette période que les toitures en lauzes ont été ajoutées à l’édifice achevant sa transformation.

Au cours des Guerres de Religion (1562-1598), le château a souffert du conflit puisqu’en 1562, les troupes du protestant Bessonie ont ravagé la campagne autour de Fénelon avant de venir au château où des impacts de balles sont toujours visibles sur les façades. A partir de 1584, Bertrand de Salignac, frère du seigneur de Fénelon, va apporter de nouvelles modifications au château. Celles-ci avaient un but défensif dans le contexte des Guerres de Religion : il fallait fortifier le château. Pour cela, des travaux de terrassement ont été effectués avant d’ajouter un bastion au sud et une muraille munie de défenses en éperon. Les tours du XVème siècle ont été renforcées de tours terrasses (Fénelon est l’un des rares châteaux à être doté de tours accolées).


Les derniers grands travaux du château ont débuté en 1630 pour moderniser la bâtisse : un appartement seigneurial a été aménagé à l’étage du corps de logis ; la façade de l’entrée du château a été remaniée avec la construction d’une terrasse-promenoir et de l’escalier à double révolution.



Le dernier membre de la famille Fénelon a vendu le château en 1780. Le château a connu différents propriétaires avant d’être acquis en 1859 par le comte Ernest de Maleville.
Ernest de Maleville a commencé à rénover le château qu’il a légué à son fils Lucien, qui, bien qu’attaché aux lieux, dut lui aussi s’en séparer. Avant de quitter le château, Lucien de Maleville a réussi à le faire classer au titre des Monuments historiques en 1927 avec l’espoir de le sauver.
Le château est de nouveau passé de mains en mains avant d’être acheté par les parents du propriétaire actuel en 1990 : Jean-Luc et Dominique Delautre. La famille Delautre a entrepris de rénover et de remeubler le château. Jean-Julien Delautre, l’actuel propriétaire est historien de l’art et spécialiste en armes anciennes. Il est le conservateur des collections du château et a rédigé le livre qui m’a permis de vous présenter l’Histoire des lieux.







La visite du château de Fénelon est une visite libre mais les photos à l’intérieur y sont interdites. A la demande du propriétaire du château, les clichés en intérieur des lieux ont été supprimés. Vous pourrez toutefois les retrouver dans ce livre de Jean-Julien Delautre dont je vous recommande la lecture.

Nous avons apprécié visiter ce lieu chargé d’Histoire. L’intérieur est richement meublé et ce château fait partie de l’une de mes visites préférées dans le Périgord Noir. Nous avons regretté cette fois encore que la prise de photo ne soit pas autorisée. Comptez 1h30 de visite environ pour le château et les extérieurs.

Connaissez-vous les châteaux de Losse et de Fénelon ? Les avez-vous visités ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ?

 


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A propos de Booklets Of Kleio

Caroline, étudiante en Histoire, (ancienne stagiaire au Centre Historique Minier de Lewarde & ex agent d'accueil et de surveillance au Palais des Beaux Arts de Lille). Je suis depuis toujours passionnée de patrimoine avec une affection particulière pour celui du Val de Loire. J'ai beaucoup d'intérêt pour la culture en général : les musées, les expositions, la musique, la lecture, les séries tv...

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